Fermer ses volets permet-il de faire des économies de chauffage en hiver ?

Fermer ses volets permet-il de faire des économies de chauffage en hiver ?

Face à la hausse des coûts de l’énergie, chaque geste compte pour maîtriser sa facture de chauffage durant la saison froide. Parmi les habitudes les plus couramment citées figure la fermeture des volets à la nuit tombée. Souvent perçue comme une simple mesure de sécurité ou d’occultation, cette action quotidienne recèle en réalité un potentiel d’économies d’énergie non négligeable. Mais quel est l’impact réel de ce réflexe sur notre consommation ? Au-delà du bon sens populaire, la physique du bâtiment et les études thermiques confirment que les volets, qu’ils soient roulants, battants ou pliants, jouent un rôle de barrière isolante. Cet article se propose d’analyser en détail les mécanismes en jeu, de quantifier les bénéfices potentiels et de fournir des conseils pratiques pour transformer cette simple habitude en un véritable levier d’efficacité énergétique pour votre logement.

Comprendre l’isolation thermique de votre maison

Pour saisir l’intérêt de fermer ses volets, il est essentiel de comprendre comment un bâtiment perd sa chaleur. L’isolation thermique vise à limiter les transferts de chaleur entre l’intérieur chauffé d’une maison et l’extérieur froid. Ces transferts, ou déperditions, sont la principale cause de la surconsommation de chauffage.

Les principes de base de la déperdition de chaleur

La chaleur s’échappe d’une habitation principalement de trois manières : par conduction à travers les matériaux, par convection via les mouvements d’air et par rayonnement à travers les surfaces vitrées. Les fenêtres sont particulièrement concernées par ces trois phénomènes. Le vitrage et le châssis conduisent le froid, des défauts d’étanchéité peuvent créer des courants d’air (convection), et la surface en verre laisse s’échapper la chaleur sous forme de rayonnement infrarouge. C’est pourquoi les surfaces vitrées sont considérées comme l’un des points les plus critiques de l’enveloppe d’un bâtiment.

Les points faibles d’une habitation

Une maison mal isolée est une véritable passoire thermique. Les déperditions de chaleur ne se font pas de manière uniforme et certains postes sont plus critiques que d’autres. Selon les agences spécialisées en efficacité énergétique, la répartition moyenne des pertes de chaleur dans une maison non rénovée est la suivante :

  • Le toit : 25 à 30 %
  • Les murs : 20 à 25 %
  • Le renouvellement de l’air et les fuites : 20 à 25 %
  • Les fenêtres : 10 à 15 %
  • Le sol : 7 à 10 %

Même si les fenêtres ne représentent que 10 à 15 % des déperditions totales, il s’agit d’une part significative et surtout, d’un des postes sur lesquels il est le plus simple et le plus rapide d’agir au quotidien.

L’importance du vitrage

Le type de vitrage installé a une influence directe sur les performances thermiques d’une fenêtre. Un simple vitrage offre une résistance thermique très faible. Le double vitrage, aujourd’hui la norme, emprisonne une lame d’air ou de gaz inerte (comme l’argon) entre deux feuilles de verre, ce qui améliore considérablement l’isolation. Le triple vitrage va encore plus loin, mais son coût est plus élevé. Cependant, même le vitrage le plus performant ne peut à lui seul stopper entièrement les transferts de chaleur, surtout durant les longues et froides nuits d’hiver.

Maintenant que les principes de la déperdition thermique, notamment au niveau des fenêtres, sont établis, il convient d’examiner comment un élément extérieur tel qu’un volet peut venir renforcer cette enveloppe et améliorer ses performances.

Les volets : un allié contre les déperditions de chaleur

Le volet n’est pas qu’un simple dispositif d’occultation ou de sécurité. Une fois fermé, il constitue une couche de protection supplémentaire qui s’ajoute à la fenêtre. Son efficacité repose sur un principe physique simple mais redoutablement efficace.

Le volet comme barrière thermique supplémentaire

Le principal atout d’un volet fermé est de créer une lame d’air immobile entre lui-même et la vitre. Cet air emprisonné agit comme un isolant. L’air est en effet l’un des meilleurs isolants thermiques, à condition qu’il soit statique. Cette couche d’air supplémentaire ralentit considérablement la transmission de la chaleur de l’intérieur vers l’extérieur. La température de la surface intérieure de la vitre reste ainsi plus élevée, ce qui réduit la sensation de paroi froide et limite les déperditions par rayonnement et convection.

Les différents types de volets et leur efficacité

Tous les volets ne se valent pas en matière de performance thermique. Leur efficacité dépend de leur conception, de leur matériau et de leur étanchéité à l’air une fois fermés. Les modèles les plus courants présentent des caractéristiques distinctes.

Type de voletMatériau principalAvantages thermiquesPoints de vigilance
RoulantPVC ou AluminiumTrès bonne étanchéité. Les lames en aluminium sont souvent remplies de mousse polyuréthane pour une meilleure isolation.L’isolation du coffre du volet roulant est primordiale pour éviter un pont thermique.
BattantBois, PVC, AluminiumLe bois est un excellent isolant naturel. Le PVC offre un bon rapport performance/prix.L’ajustement avec le mur doit être parfait pour limiter les infiltrations d’air.
Pliant / PersienneBois, PVC, MétalEfficacité thermique plus limitée en raison des jours entre les lames.Apporte une protection contre le vent mais une faible isolation thermique.

Le rôle du matériau

Le matériau constitutif du volet a un impact direct sur sa capacité d’isolation. Le bois est naturellement isolant et performant, mais il demande un entretien régulier. Le PVC offre une très bonne isolation thermique et ne nécessite que peu d’entretien. L’aluminium est un conducteur thermique, mais les volets modernes en aluminium sont conçus avec des systèmes de rupture de pont thermique et leurs lames sont souvent injectées d’une mousse isolante, ce qui leur confère de bonnes performances.

Après avoir établi que les volets constituent une barrière thermique efficace, il est logique de se pencher sur la manière dont cette performance se traduit concrètement sur la facture énergétique d’un foyer.

Comment les volets influencent la consommation d’énergie

L’action d’un volet sur la température intérieure et, par conséquent, sur le fonctionnement du système de chauffage, est mesurable. L’influence se manifeste de plusieurs manières, allant de la réduction directe des pertes de chaleur à l’amélioration du confort ressenti.

Réduction des pertes thermiques nocturnes

C’est durant la nuit que l’efficacité des volets est la plus marquée. Les températures extérieures chutent, l’ensoleillement est nul, et le chauffage fonctionne pour maintenir une température de consigne. Sans volets, les fenêtres deviennent la zone la plus froide de la pièce, entraînant une déperdition continue. En fermant les volets, on peut réduire jusqu’à 60 % les pertes de chaleur à travers un vitrage standard. Le système de chauffage a donc moins besoin de se déclencher pour compenser ces pertes, ce qui génère une économie d’énergie directe.

L’impact sur le ressenti de confort

Un aspect souvent sous-estimé est l’effet sur le confort thermique. Une vitre froide, même avec un double vitrage performant, crée une sensation d’inconfort par rayonnement. Le corps humain perçoit cette surface froide, ce qui peut inciter à augmenter la température du thermostat d’un ou deux degrés pour compenser. Un volet fermé augmente la température de surface de la vitre intérieure, éliminant cette sensation de « paroi froide ». Il est ainsi possible de maintenir un niveau de confort équivalent à une température de chauffage légèrement inférieure, générant là aussi des économies.

Quantifier les économies potentielles

Selon plusieurs études, notamment celles de l’Agence de la transition écologique (ADEME), la fermeture systématique des volets la nuit en hiver peut permettre de réaliser une économie allant de 5 % à plus de 15 % sur la facture annuelle de chauffage. Ce chiffre varie grandement en fonction de la qualité du vitrage initial, du type de volets, du climat de la région et de l’isolation globale du logement. Un logement équipé de simple vitrage verra des gains bien plus spectaculaires qu’un logement passif doté de triple vitrage.

Si calfeutrer son logement pour le protéger du froid est une priorité, il ne faut cependant pas négliger un autre aspect essentiel à la salubrité de l’habitat : le renouvellement de l’air. L’isolation et la ventilation doivent fonctionner de concert.

Le rôle de la ventilation en complément des volets

Une maison bien isolée est une bonne chose, mais une maison étanche qui ne respire pas peut rapidement devenir un problème. La ventilation est indispensable pour garantir un air intérieur sain et évacuer l’humidité.

L’importance de renouveler l’air intérieur

Les activités humaines quotidiennes (respiration, cuisine, douches) génèrent une quantité importante de vapeur d’eau. Si cette humidité n’est pas évacuée, elle peut entraîner des problèmes de condensation sur les points froids (comme les fenêtres), favorisant l’apparition de moisissures. De plus, l’air intérieur se charge en dioxyde de carbone (CO2) et en divers polluants (composés organiques volatils ou COV). Un renouvellement d’air régulier est donc crucial pour la santé des occupants et la pérennité du bâti.

Ventilation et gestion des volets : trouver le bon équilibre

Il est recommandé d’aérer son logement chaque jour, même en plein hiver. L’idéal est d’ouvrir grand les fenêtres pendant une courte durée, de 5 à 10 minutes, pour créer un courant d’air et renouveler rapidement l’air sans refroidir les murs. Il est judicieux de le faire aux heures les plus douces de la journée. Pendant ce temps d’aération, il est conseillé de couper le chauffage pour ne pas gaspiller d’énergie. C’est l’occasion d’ouvrir également les volets pour profiter de la lumière et aérer l’espace entre la vitre et le volet.

Les systèmes de ventilation mécanique (VMC)

Pour ceux qui disposent d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC), le renouvellement de l’air est géré automatiquement. Une VMC simple flux extrait l’air vicié des pièces humides, tandis qu’une VMC double flux va plus loin : elle récupère les calories de l’air extrait pour préchauffer l’air neuf entrant. Ce système est le complément idéal d’une bonne isolation et de l’utilisation de volets, car il assure une excellente qualité d’air tout en minimisant les pertes de chaleur liées à la ventilation.

Les avantages théoriques étant posés, une mise en situation concrète permet de mieux visualiser ce que ces gestes représentent sur le budget d’un ménage.

Étude de cas : l’impact économique de la fermeture des volets en hiver

Pour illustrer concrètement les bénéfices financiers, projetons-nous dans le cas d’une famille vivant dans une maison de taille moyenne. Cette simulation permet de traduire les pourcentages d’économie en euros.

Hypothèses de calcul

Prenons l’exemple d’une maison de 120 m² moyennement isolée, équipée de fenêtres en double vitrage standard. La facture de chauffage annuelle (gaz ou électricité) s’élève à 1 800 €. On estime que les déperditions par les fenêtres représentent 15 % de la consommation totale, soit une part de 270 € sur la facture annuelle.

Calcul des économies estimées

L’installation et la fermeture systématique de volets performants peuvent réduire les déperditions par les fenêtres de 40 % à 50 %. En prenant une hypothèse moyenne de 45 % de réduction, l’économie réalisée sur ce poste est de : 270 € x 45 % = 121,50 €. Ce montant, qui peut paraître modeste, est néanmoins récurrent chaque année et obtenu par un simple geste quotidien. Le tableau ci-dessous montre comment cette économie varie.

Qualité du vitragePart des fenêtres dans les déperditionsÉconomie annuelle estimée
Simple vitrage20 % (soit 360 €)~ 180 €
Double vitrage ancien15 % (soit 270 €)~ 121 €
Double vitrage récent12 % (soit 216 €)~ 86 €

Amortissement de l’investissement

Si le logement n’est pas équipé de volets, leur installation représente un investissement. Cependant, au vu des économies générées chaque année, et en tenant compte des autres avantages (sécurité, confort d’été, occultation), cet investissement peut être considéré comme rentable sur le long terme. De plus, il valorise le patrimoine immobilier.

Pour atteindre et même dépasser ces estimations, il ne suffit pas de posséder des volets ; il faut les utiliser de manière optimale. Quelques réflexes simples permettent de maximiser leur efficacité.

Conseils pratiques pour optimiser l’utilisation des volets en hiver

Avoir des volets performants est une première étape, mais savoir les utiliser à bon escient est ce qui fera toute la différence sur la facture de chauffage. Une gestion intelligente des ouvertures et fermetures permet de tirer le meilleur parti de cet équipement.

La gestion quotidienne des ouvertures et fermetures

Une routine simple peut être mise en place pour maximiser les gains thermiques. Il s’agit de jouer avec les apports solaires et de se protéger du froid au bon moment.

  • Fermer les volets dès la tombée de la nuit : Il ne faut pas attendre que la température intérieure ait commencé à chuter. Dès que le soleil se couche, la vitre devient une source de déperdition. Fermer les volets à ce moment-là permet de conserver la chaleur accumulée durant la journée.
  • Ouvrir les volets le matin pour capter le soleil : Les jours ensoleillés, même en hiver, le soleil est une source de chauffage gratuite. Il faut ouvrir en grand les volets des fenêtres exposées au sud pour bénéficier de cet apport solaire passif. Par temps gris ou pour les façades non ensoleillées, il peut être judicieux de les laisser fermés, surtout si personne n’est à la maison.
  • Penser à l’automatisation : Pour ceux qui ne peuvent pas gérer manuellement leurs volets, la domotique offre des solutions pratiques. Des systèmes de fermeture et d’ouverture programmée, voire des capteurs de luminosité et de température, peuvent optimiser automatiquement la gestion des volets pour un rendement énergétique maximal.

Vérifier l’étanchéité et l’état de ses volets

Un volet endommagé ou mal ajusté perd une grande partie de son efficacité isolante. Notre préconisation est de vérifier régulièrement que les lames s’emboîtent correctement, que les joints sont en bon état et que le volet plaque bien contre le mur ou le dormant de la fenêtre une fois fermé. La moindre infiltration d’air réduit la performance de la lame d’air isolante.

Combiner avec d’autres solutions

L’efficacité des volets est décuplée lorsqu’elle est associée à d’autres éléments. Installer des rideaux thermiques épais devant les fenêtres ajoute une couche d’isolation supplémentaire. S’assurer de la bonne étanchéité des châssis de fenêtres est également fondamental. Le volet est une pièce maîtresse, mais il s’intègre dans une stratégie globale d’isolation de l’habitat.

Il apparaît clairement que la fermeture des volets en hiver est loin d’être un geste anodin. C’est une action simple, accessible à tous et sans coût, qui apporte une contribution mesurable à la réduction de la consommation de chauffage. En créant une barrière isolante efficace contre le froid nocturne, elle permet de réaliser des économies substantielles sur la facture énergétique, tout en améliorant significativement le confort thermique au sein du logement. Intégrée à une démarche globale incluant une bonne ventilation et une utilisation intelligente des apports solaires, cette habitude se révèle être l’un des leviers les plus rentables pour maîtriser ses dépenses énergétiques durant la saison froide.

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Clara